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Le SIDA : une pandémie d’origine environnementale

Lorsque le docteur Michael Gottlieb, chercheur et clinicien à l’Université de Californie se trouva en présence du cinquième cas de pneumocystose, il dut penser qu’il était le témoin de l’émergence d’une catastrophe sanitaire et alerta le centre de contrôle des maladies d’Atlanta (CDC). Cela se passait à fin de l’année1980 et en début de1981. Mais il ne pouvait sans doute pas imaginer que vingt quatre ans plus tard, quarante millions de personnes dans le monde seraient touchées par l’agent causal d’une pathologie nouvelle qui allait terrifier l’Amérique puis le reste de l’humanité*. Il est vrai que, armée de ses certitudes, la médecine ne pouvait prévoir qu’une maladie infectieuse pouvait échapper à son contrôle et à son puissant arsenal d’antibiotiques, de barrières sanitaires et de vaccins.

La pneumocystose est une maladie grave mais très rare. Elle était surtout observée chez des personnes immunodéprimées le plus souvent en raison de traitements immunosuppresseurs parfois chez des enfants dénutris. Et les patients du docteur Gottlieb étaient, eux aussi, dépourvus de défenses immunitaires. Quelques mois plus tard, à New York, le docteur Alvin Friedman-Kiein se trouvera en présence de jeunes homosexuels immunodéprimés atteints de cancers cutanés : les sarcomes de Kaposi. Ces cancers de la peau très rares n’avaient été observés que chez des personnes âgées d’Afrique et du pourtour méditerranéen. Jamais chez des hommes jeunes.

Pneumocystose et sarcomes de Kaposi furent les premières atteintes dites opportunistes observées qui frappaient de jeunes homosexuels rendus immunodéficients en raison d’une pathologie encore inconnue qui sera nommée syndrome d’immunodéficience acquise (SIDA), terme moins péjoratif que celui de « gay cancer » primitivement utilisé. Bien d’autres pathologies opportunistes, parmi lesquelles beaucoup de cancers et d’infections furent identifiées. Très rapidement cependant, les premiers cas de malades hétérosexuels : transfusés, hémophiles, certains toxicomanes et même de jeunes enfants furent relatés. Le mode de transmission fit penser à une pathologie d’origine virale. Cette hypothèse ne sera vérifiée qu’à la suite des travaux de l’équipe du Professeur Luc Montagnier de l’Institut Pasteur en 1983.

D’où provenait l’agent causal de cette pandémie, le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) ? De nombreuses maladies d’origine virale étaient connues, dont certains responsables de graves épidémies : variole, poliomyélite, grippe, .... Et cependant, nombre de malades dont les poumons étaient rongés par la pneumocystose, d’autres dont la peau était parsemée des douloureuses pustules violacées caractéristiques de la maladie de Kaposi ou encore certains avec le cerveau détruit par la toxoplasmose étaient décédés, bien avant 1980. L’infection par le VIH sévissait sans doute depuis fort longtemps, confinée en premier lieu dans son aire d’origine, les régions rurales africaines. La faible densité des populations humaines ainsi que leurs déplacements limités étaient peu favorables à son extension. Le premier cas européen de SIDA sera observé chez un marin norvégien ayant séjourné en Afrique. Sa maladie débuta en 1966. Son épouse et sa fille furent aussi contaminées ; tous trois décèderont en 1976. Les échantillons de sang prélevés sur ces patients permettront à posteriori d’établir un diagnostic irréfutable de SIDA.

Depuis peu, l’origine de l’infection VIH à été attribuée avec certitude à des singes africains sauvages (chimpanzé mangabey, ...). Ils étaient porteurs sains d’un virus dont le génome est très proche de celui du VIH et qui, au hasard des mutations, a pu franchir la barrière d’espèce et s’adapter à l’homme. Les contacts entre les villageois et les singes étaient fréquents (chasse, protection des cultures contre les prédateurs). Les migrations des paysans vers les grandes villes africaines, la pauvreté et la prostitution ajoutés aux déplacements des personnes d’un continent à l’autre ont fait le reste. Comme pour la plupart des maladies infectieuses, la rupture des équilibres écologiques a favorisé l’émergence d’une pandémie. Et la fin n’est pas pour demain.
Claude CHAMPREDON décembre 2004.

* : Cinq millions d’hommes, de femmes et d’enfants infectés en 2004 et trois millions de personnes décédées. Plus de vingt millions de morts depuis le début de la pandémie. Le Monde 2 du 27 novembre 2004.

 

 

 

 


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