Qu'en
est-il aujourd'hui alors que le saumon est présent partout
dans les supermarchés, les restaurants et au menu de
tous les banquets de France et de Navarre. Les Français
qui sont les plus grands consommateurs de ce poisson délicieux
sont-ils responsables par leur gourmandise de sa disparition
et devrons-nous désormais nous passer de ce plat de gourmet
?
Rassurez-vous,
ce que vous consommez en si grande quantité est dans
la plupart des cas du saumon d'élevage : 475000 tonnes
de saumon d'élevage contre 4000 tonnes de saumon sauvage.
Et c'est bien ce dernier qu'il faut protéger avant qu'il
ne disparaisse définitivement.
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UN VOYAGEUR AU LONG COURS
Né en rivière
le saumon sauvage y séjournera généralement
deux ans. A peine éclos il devra faire front à
de nombreux prédateurs : poissons, larves de libellules
ou martins-pêcheurs. Devenu un joli tacon aux points rouges,
puis métamorphosé en smolt argenté, il
dévalera le courant pour gagner le fleuve, l'estuaire
et l'océan, échappant au héron, au cormoran,
à la loutre ou au pêcheur à la ligne qui
le confond avec une truite.
En mer, le petit saumon entreprend
la traversée de l'Atlantique jusqu'au Groenland et aux
Iles Féroes, là où la nourriture se trouve
en abondance : crevettes, capelans et autres fritures lui permettront
de grandir... si les phoques ou les orques ne le mangent pas.
Après un, deux ou trois
ans, le saumon devenu adulte prend le chemin du retour pour
aller se reproduire. Remontant les courants, il reconnaît
l'odeur de sa rivière natale et retrouve ainsi son lieu
de naissance. Pour lui qui ne pond qu'une fois dans sa vie (seuls
5 % survivent à la ponte), il lui faut éviter
les filets des marins, trouver l'entrée des passes à
poisson, sauter par-dessus les obstacles et avoir la chance
d'être remis à l'eau s'il est capturé à
la ligne. Epuisés, mâle et femelle se retrouveront
pour cacher dans les graviers les oeufs fécondés
d'une nouvelle génération.
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UNE PRISE DE CONSCIENCE MONDIALE
Ainsi que nous venons de le
voir, le saumon ne connaît pas de frontières. Tous
les pays de l'Atlantique Nord se trouvent concernés par
le problème de sa survie. Des actions ont été
entreprises pour le protéger. Au Canada où seule
la pêche à la mouche est autorisée, des
quotas de prises par les pêcheurs sportifs ont été
établis depuis des dizaines d'années ainsi que
la suppression des filets en estuaire.
La Russie qui a ouvert récemment
ses rivières à la pêche sportive autorise
seulement la pêche à la mouche et les pêcheurs
doivent relâcher toutes leurs prises.
Sur la Dee, en Ecosse, l'on
relâche désormais ses prises et d'importants travaux
ont été entrepris pour réaménager
les frayères .
Des travaux de grandes envergures
ont également lieu en Irlande.
Enfin, un islandais Orri Viggusson
organise depuis bientôt 10 ans le rachat des droits de
pèche des Groenlandais et d'une partie des droits de
pêche dans les îles Féroes.
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ET EN FRANCE ?
Difficile de bousculer les
traditions françaises. Sous ce prétexte pêcheurs
professionels et pêcheurs sportifs renâ-clent et
même s'opposent violemment à toute con-trainte.
Pourtant il faudra bien qu'ils participent à cette oeuvre
de survie d'une espèce me-nacée. Accepter la suppression
des filets, le déplacement des dates d'ouverture pour
protéger les grands saumons, les quotas de captures autorisées
par rivières, et le moratoire comme sur la Loire lorsque
le nombre de géniteurs est devenu insuffisant.
Le travail à faire
est encore important en France : lutte contre la pollution des
rivières, suppression des obstacles empêchant la
remontée des poissons ou construction d'échelles.
Les associations qui luttent pour la protection de l'environnement
peuvent prendre comme emblème le saumon, un poisson qui
donne l'exemple du courage, de la ténacité et
qui ne peut vivre que dans des eaux pures Quand le saumon meurt,
l'homme est menacé. Aidez-nous à le protéger
et de grâce, au restaurant, refusez qu'un certain snobisme
monte en épingle la qualité du saumon sauvage
: cela ne fait qu'encourager le braconnage !
Sylvie Tissier
Association Internationale
de Défense
du Saumon Atlantique
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