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Le domaine INRA de Redon(63), conduit en Agriculture
Biologique,
et la biodiversité
Au début de l’année 2000 l’INRA a commencé
la conversion de 50 ha à l’Agriculture biologique sur les
Domaines de Redon-Theix. De nombreuses études accompagnent cette
démarche : études sur la production de fourrage,
leur valeur, leur fertilisation, la conduite du troupeau ovin qui y
réside (alimentation, santé, reproduction). A noter que
sur le Domaine d’Orcival il existe une comparaison entre un troupeau
conduit selon le Cahier des Charges de la bio et un troupeau témoin.
C’est dans ce cadre que nous avons examiné quelques indicateurs
environnementaux. N’ayant pas la possibilité de faire des
comparaisons rigoureuses car tout le domaine a été converti,
nous avons plutôt chercher à évaluer plusieurs indicateurs
et à situer leur intérêt par rapport à la
bibliographie.
Ces indicateurs comprennent la flore prairiale et, pour la faune, les
oiseaux et certains insectes (orthoptères, carabiques et Coléoptères
coprophages).
Dans la mesure où peu d’études sont faites sur des
exploitations agricoles ce travail doit être considéré
aussi comme une contribution à la prise en compte plus importante
des territoires agricoles vis à vis de la biodiversité.
Flore des prairies :
Deux aspects ont été étudiés :
1- la comparaison de deux modalités de pâturage (pas de
restriction ou mise en défend jusqu’au 15 juillet) sur
une parcelle xérophylle.
2 - l’évolution de la flore dans les bonnes prairies de
fauche. Les données ont été obtenues par les chercheurs
du laboratoire d’Agronomie en 1998, puis M. Frain en 2002.
Sur la parcelle xérophylle la flore y est très riche :
66 espèces sur la partie témoin et 67 sur la partie en
défend. Une espèce domine : la Fétuque ovine.
Toutes les autres sont en petit nombre. A noter : plus de mousses
dans la partie en défend, plus de plantes sèches, mais
moins de sol nu. Il reste à voir comment se comporteront les
Orchidées présentes sur chaque partie.
Pour ce qui concerne les prairies de fauche, 3 parcelles ont été
plus particulièrement suivies. Elles possèdent 43, 47
et 47 espèces pour des surfaces moyennes de 2.5 ha., ce qui est
très correct pour ce type de prairie naturelle fauchée.
Par rapport à ce qui était observé avant le passage
en bio on a noté une très légère baisse
de la production d’herbe et une tendance à la modification
du volume de certaines espèces (tableau 1). Par contre sur Redon
nous ne disposons par d’inventaires complets par parcelle en 1998,
mais seulement des contributions volumiques des espèces les plus
communes.
Au final sur 5 parcelles (les 4 citées et une autre) 132 espèces
végétales ont été inventoriées sur
12 ha.
Sur Orcival on dispose d’une comparaison entre conduite bio et
conventionnelle sur 2 parcelles comparables : on trouve 53 espèces
dans la partie bio contre 33 dans la partie recevant des engrais azotés
solubles.
Messicoles et adventices :
Deux parcelles cultivées en céréales ont été
inventoriées par le CEPA en 2001 et 2002. En dehors des espèces
semées il y a eu de 13 à 32 espèces de messicoles
et d’adventices par parcelle. Les messicoles ont été
peu nombreuses : 3 après cumul des 2 parcelles sur 2 ans.
Ceci est à rapprocher de leur passé non cultivé.
Dans les adventices beaucoup sont aussi présentes dans les prairies
(calcul à faire). Le cumul de toutes les espèces est de
54.
Flore des mares :
Enfin 5 petites mares ont été prospectées sur
le site de Theix. Au total 66 espèces y ont été
trouvées :
5 plantes aquatiques
12 plantes des arènes humides
5 plantes des prairies humides
19 plantes prairiales mésophiles
10 plantes des sols azotés (stationnement des troupeaux)
15 autres espèces
La contribution des mares à un enrichissement de la biodiversité
locale est donc nette, même si une partie des plantes citées
étaient déjà présentes dans les prairies
(à calculer).
En conclusion la flore du domaine de Redon apparaît comme relativement
riche. La conduite bio n’en explique cependant qu’une faible
partie, en augmentant la richesse des prairies de fauche qui ne reçoivent
plus d’engrais azotés. Ce sont aussi et surtout les caractéristiques
des parcelles (sécheresse, humidité, zones rocheuses,
etc..) qui expliquent la richesse observée. Cette richesse peut
être augmentée par des pratiques simples : mise en
défend de talus ou de zones rocheuses, pas de drainage, maintien
des haies et de buissons, creusement de mares,…). Ces conclusions
rejoignent tout à fait celles de la bibliographie sur le sujet.
Faune :
Oiseaux : pour l’instant seuls des points d’écoute
ont été effectués. Environ 50 espèces sont
notées en avril-juin, ce qui est correct pour une zone agricole
de 50 ha. Il est probable que l’impact de la conduite bio soit
réduite car la conduite habituelle de ce domaine a toujours été
extensive. Dans des conditions de conduite plus intensive, par contre,
on peut s’attendre à un enrichissement, relevé dans
la bibliographie, suite à une augmentation de la nourriture des
oiseaux (insectes en particulier) et de leur sites potentiels de nidification.
Une meilleure tolérance des ligneux soit autour des parcelles
soit, quelquefois, à l’intérieur, est aussi très
positive pour l’avifaune.
En 2002, 56 espèces ont été notées lors
des comptages, avec 19.1 individus par point d’écoute de
20 minutes. Les résultats obtenus sont très stables par
rapport à 2000 et 2001. La plupart des espèces sont banales,
sauf l’Alouette lulu. Les espèces dominantes sont :
Corneille noire, Fauvette à tête noire, Alouette lulu,
Pinson des arbres, Merle, Alouette des champs, Coucou, Pigeon ramier.
Orthoptères :
Un inventaire a été effectué en 2000 par E. Boitier.
12 espèces ont été notées sur les crêtes
xérophylles, et respectivement 6 et 10 sur 2 parcelles de fauche.
Le facteur fauche apparaît primordial et négatif sur ce
groupe. Au total 16 espèces ont été trouvées
sur 3 parcelles représentant 6 ha., ce qui est correct par rapport
aux estives de Manson (22 espèces sur 200 ha. ) et de Ternant
( 23 espèces pour 60 ha.) dans la chaîne des Dômes.
Carabiques :
29 espèces de carabidae ont été recensées en
2002 par B. Calmont : 19 sur une parcelle xérophylle (132 individus)
et 17 (405 individus) sur une parcelle de fauche, avec 7 espèces
communes. Pour cet indicateur les 2 parcelles sont très distinctes,
l’effet du biotope étant prépondérant (idem
orthoptères). Sur le parcours la nourriture de ces insectes est
un facteur limitant (peut-être aussi plus de prédation ?),
ce qui explique le faible nombre d’individus contactés,
mais le nombre d’espèces est élevée.
Coléoptères coprophages :
18 espèces de Scarabés coprophages ont été
recensées en 2002 également par B. Calmont et sur les
2 mêmes parcelles que les carabides : 17 sur chaque parcelle,
dont 16 communes. En outre 5 espèces identiques de Scarabés
non coprophages ont été notées dans chaque parcelle.
A l’inverse de la situation précédente on observe
les mêmes espèces sur les 2 sites. Le groupe concerné
est donc peu dépendant de la nature de la parcelle. Par contre
il est reconnu sensible aux produits de traitement (p ex ivermectine,
non utilisé ici). Il peut donc permettre de comparer des conduites
bio et conventionnelles.
Pour conclure : sur une petite surface, presque exclusivement
agricole, on peut donc trouver une biodiversité relativement
élevée. Ce n’est pas surprenant car la zone étudiée
possède de nombreux petits biotopes. De nombreuses exploitations
agricoles doivent être dans ce cas. A nous, naturalistes, de ne
pas les oublier ! Quant à l’apport spécifique
de la conduite bio elle est relativement bien documentée dans
la bibliographie, même si les études en cours sur Redon
ne permettent pas de conclure localement sur cet apport.
Le 14 février 2003
JP Dulphy
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