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L’Agriculture Biologique et la faune des prairies

 

Les espaces prairiaux, grâce à leur flore, souvent pérenne et diversifiée, grâce aussi au fait qu’ils sont peu labourés et peu traités par des produits phytosanitaires, abritent une faune beaucoup plus riche que celle des espaces cultivés ou plantés (vignes, vergers). Cela est vrai pour une conduite conventionnelle et est largement favorisée par une conduite en AB (Dulphy et Orth, 2003).

Dans cette note nous distinguerons 2 parties : d’une façon générale quelle faune trouve t’on dans les prairies et quelle est son utilité, et ensuite quelles améliorations peut apporter la conduite en AB.

La faune des prairies :

Espèces diverses :
La faune qui fréquente les prairies est très variée, beaucoup plus que ne peut l’imaginer celui qui traverse un jour une prairie. Elle correspond à la faune des espaces naturels ouverts qui n’existent plus vraiment, mais auxquels se sont substitués les espaces entretenus par les herbivores domestiques, via le pâturage ou la fauche.
On y trouve les groupes d’espèces suivants :

des espèces microscopiques : Elles sont présentes dans le sol ou sur le sol et participent au recyclage des éléments nutritifs utilisés ensuite par les plantes (Sarthou, 2006).

les vers de terre : Ils constituent une biomasse abondante, très caractéristique, faisant un travail extraordinaire pour le sol : labourage, digestion de débris organiques, aide à la circulation de l’eau (Granval et al., 2000). Ils sont affectés très négativement par le labour.

des insectes appartenant à des ordres très variés. Ils ingèrent des végétaux, les féces, d’autres insectes et participent très largement au recyclage des éléments minéraux pour les plantes (Guilbot, 1999). Ils sont très nombreux et leur nombre augmente lorsque la prairie est conduite de façon de plus en plus extensive et tend vers une zone naturelle. En particulier les insectes coprophages sont indispensables. Sans leur présence les bouses et crottes mettraient beaucoup de temps à disparaître ! On peut citer aussi les araignées, les carabes, les papillons, les orthoptères, les abeilles, etc…Papillons et orthoptères sont proposés comme indicateurs de biodiversité faunistique par des travaux de l’ENITA de Clermont-Ferrand (Orth et al., 2005). N’oublions pas non plus les pollinisateurs (Sarthou, 2006).

parfois quelques reptiles et amphibiens, mais globalement la conduite classique des prairies ne leur est pas trop favorable.

Cas particulier des mammifères et des oiseaux :

Mammifères : Rongeurs et carnivores fréquentent les prairies. Il existe même dans les prairies tout un écosystème qui peut basculer vers la pullulation de certaines espèces, en particulier quand la conduite des prairies tend à éliminer les prédateurs (Carnivores tels que Renards, Hermines, Belettes, Rapaces tels que les Buses ou les Milans royaux). La pullulation la plus gênante est celle des Campagnols terrestres (ROPRE, 1999), dans le Jura et le Massif Central. Sa maîtrise, dans le contexte actuel, est difficile. On peut y ajouter localement des pullulations de Campagnol des champs, espèce de plus petite taille.

Oiseaux : Le nombre d’espèces d’oiseaux fréquentant les prairies est élevé (Dulphy, 2006a), quoiqu’à un moment donné il y ait peu d’espèces présentes. Les espaces prairiaux ont une fonction principale pour les oiseaux, c’est une fonction alimentaire. Les vers de terre, les insectes, les rongeurs, en général facilement accessibles, attirent de nombreux oiseaux qui dépendent alors, pour leur survie de ces espaces. Ainsi en août-septembre de nombreuses prairies des Pays-Bas sont littéralement envahies par une foule de petits échassiers en migration qui recherchent de la nourriture (Vanneaux, Barges, Chevaliers,…). On pourrait facilement multiplier de tels exemples. Par ailleurs quelques espèces (Alouettes, Pipits, Traquets, Cailles, Busards) nichent dans les prairies (Dulphy, 2006 b), mais la plupart nichent à proximité dans les haies, les bois,…(Dulphy, 2006c). Il faut signaler aussi que dans les grandes vallées ou plaines humides des espèces très rares peuvent nicher (Râle des genêts, Combattant varié, Chevalier gambette et Barge à Queue Noire). Toutes ces espèces ne peuvent se reproduire que dans des espaces ouverts et pâturés de façon extensive.

Parmi toutes ces espèces de mammifères et d’oiseaux, certaines peuvent être utiles immédiatement aux éleveurs, en particulier, celles qui les débarrassent des petits rongeurs ou d’insectes ravageurs. Ce faisant ces espèces participent donc aussi activement au recyclage de la Matière organique et des nutriments d’origine végétale et animale, et empêchent toute accumulation ou excès de quelques espèces envahissantes, sans recours au poison. D’autres ont une autre caractéristique : leur rareté, reconnue souvent par la Loi, beaucoup étant des espèces protégées. Ces espèces ont un autre rôle : elle font partie du Patrimoine Naturel, qu’il faut préserver pour les générations futures. Ce sont, par exemple, les Pies grièches.


Les apports de la conduite en AB :

D’une façon générale la conduite en AB est très positive. En effet le fait de ne pas utiliser de produits phytosanitaires évite tout destruction directe des insectes et des plantes diverses, support d’une biodiversité variée. Par ailleurs l’absence d’engrais artificiels signifie que les productions d’herbe restent raisonnables. En plus la conduite en AB minimise la confection d’ensilage, synonyme de fauche précoce et très néfaste à beaucoup d’espèces animales (tuées directement ; empêchées de se reproduire, ou devenus plus accessibles aux prédateurs). Les éleveurs « bio » recherchent aussi une flore plutôt variée, avec des légumineuses, et leurs objectifs sont tout à fait favorables aux insectes, insectes butineurs en particulier. Enfin, globalement l’agriculture biologique présente des caractéristiques d’extensification favorable à l’environnement en général et à la faune en particulier.
D’une façon plus précise la conduite en AB favorise la microfaune du sol et les vers de terre (FIBL, 2001). Nous n’insisterons pas là-dessus car c’est un des points forts de la conduite AB, dans la mesure où les pratiques « bio » ont pour but de favoriser ces espèces que l’éleveur considère comme des auxiliaires indispensables à sa conduite. Ainsi les études du FIBL, Institut de Recherches suisse, indiquent une biomasse de vers supérieure de 30-40 % par rapport aux conduites conventionnelles et même de 50-80% si ces conduites excluent l’apport de fumure organique (en particulier compost).
Pour ce qui concerne les insectes le FIBL montre aussi, que dans les parcelles cultivées en AB, les arthropodes (prédateurs qui exterminent de nombreux ravageurs) sont plus nombreux que dans les parcelles conventionnelles. Les antiparasitaires, en particulier les Ivermectines, sont très dangereux pour les insectes coprophages. En AB ils ne sont pas ou très peu utilisés. L’augmentation de la MO du sol ne peut aussi que favoriser les insectes. Ils participent alors largement au recyclage de ces MO et servent de nourriture à d’autres animaux. Les interactions entre tous ces insectes sont parfois mal connues et des études ont lieu actuellement plutôt pour les espaces cultivés susceptibles de souffrir des attaques de quelques « ravageurs ».
Pour ce qui concerne les mammifères, le recours à la bromadiolone est interdit contre les campagnols terrestres. Cela évite à la fois les empoisonnements directs des rongeurs et l’empoisonnement des prédateurs qui les recherchent (Renards, Milans royaux, Buses,…). Les éleveurs bio doivent cependant faire face aussi à des pullulations pas toujours faciles à réguler. Ils doivent alors favoriser les prédateurs, qui deviennent pour eux des auxiliaires précieux, et/ou recourir au piégeage si nécessaire. Pour favoriser les prédateurs il faut leur permettre de s’abriter et de se reproduire, ce qui passe par le maintien d’un paysage favorable (présence de haies, bosquets, talus, lisières,…). Ainsi la destruction des paysages dans les zones d’élevage conventionnelles intensives a largement favorisé les pullulations de campagnols. A noter que le fait de favoriser les vers de terre favorise aussi les taupes, animaux parfois forts gênants pour les éleveurs ! Au final les pratiques des éleveurs bio sont favorables aux mammifères, même si une bonne part d’entre eux ont leur refuge en dehors des prairies.

La conduite AB favorise aussi les oiseaux, surtout par le biais de l’augmentation de la nourriture disponible. Par contre pour les oiseaux, comme pour les mammifères d’ailleurs, le rôle du paysage dans leur présence demeure très élevé. Les éléments fixes ont la plus haute importance. Ces éléments ne sont pas toujours favorisés par les éleveurs bio et ne sont pas mentionnés dans les cahier des charges.
Nous ne disposons pas d’études spécifiques aux prairies, mais des études faites au niveau d’exploitations démontrent un net avantage des systèmes conduits en AB (Chamberlain et al., 1996, Stolton et Geier, 2002).

Il est intéressant de noter qu’en France la LPO a entrepris de nombreuses études au niveau d’exploitations agricoles (programme Agriculture et Biodiversité). Des résultats Commencent à être disponibles.

Conclusion :

Les prairies, surtout permanentes, sont donc des lieux privilégiés pour la faune. Si on prend une seule prairie on ne trouvera rien de spectaculaire, mais leurs surfaces cumulées jouent un rôle fondamental pour la conservation de nombreuses espèces, certaines étant des auxiliaires quasi indispensables pour les éleveurs. Ces éleveurs ont donc une responsabilité particulière.
Les prairies sont des espaces ouverts qui équilibrent et sont complémentaires des zones forestières ou en cours d’enfrichement. Dans la mesure où les troupeaux d’herbivores sauvages ont disparu, seul l’élevage domestique permet de maintenir des espaces ouverts sur des surfaces importantes.
La conduite bio amplifie l’intérêt des prairies pour la faune et contribue largement à la conservation de la biodiversité. Cette biodiversité est utilisée par les éleveurs « bio » à leur profit, mais elle leur donne aussi une grande responsabilité vis à vis des générations futures.

 

Bibliographie : Cet article comprend une douzaine de références bibliographiques, disponibles auprès de l’auteur (jp.dulphy@orange.fr)

Fait la 27 mai 2008, à partir d’une note publiée par la revue Alter-Agri.
J P Dulphy

 

 

 


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