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Quel avenir pour l’habitat :
Prairies de fauche dans les Monts Dore ?
Il existe dans la Directive habitats (Natura 2000) un Habitat nommé
« prairies de fauche d’altitude » (Habitat
d’intérêt communautaire non prioritaire). Ces prairies
étaient installées sur des endosols riches en matière
organique, fauchées tardivement, et souvent pâturées
en fin de saison. Formations herbacées mésophiles, très
riche floristiquement, elles étaient constituées d’une
végétation haute due à l’absence de pression
pastorale jusqu’au début de l’été.
Elles étaient donc le résultat d’une certaine gestion
par l’homme.
Depuis la fin des années 80, les pratiques mises en œuvre
par l’INRA, d’une part, celles des éleveurs d’autre
part, ont fait régresser ces milieux en les fertilisant pour
augmenter leur production ! A tel point que lors de l’inventaire
des habitats fait pour Natura 2000 dans les Monts Dore, on n’en
a retrouvé que 8 ha !
Lors d’une réunion en 1999, la question s’est posée
alors de savoir s’il était possible de recréer un
tel habitat. Nous avons donc, avec J Bony de l’INRA, mis en place
un essai sur une prairie de fauche d’altitude, ayant reçu
du lisier depuis près de 20 ans, et située au-dessus du
lac du Guéry. L’objectif était d’examiner
dans quelles conditions il était possible de revenir en arrière
sur ce type de site.
La prairie de fauche de 3 ha retenue a été partagée
en 4 en 2001. Cette parcelle avait reçu du lisier et/ou de l’ammonitrate
depuis près de 20 ans. La Renouée bistorte et le Léontodon
des Pyrénées y constituaient les espèces de dicotylédones
dominantes. La Gentiane, plante typique du secteur, n’était
plus présente. Une parcelle témoin, jamais enrichie, ni
pâturée, ni fauchée, depuis 1980, côtoie la
parcelle expérimentale. Un inventaire rapide en 2000 avait montré
que cette parcelle témoin était déjà bien
plus riche en espèces que la parcelle expérimentale.
Sur les 4 sous parcelles, 4 modalités de conduite ont été
étudiées :
-apport de lisier, fauche précoce le 15 juillet,
-apport de lisier, fauche tardive le 15 août,
-pas de lisier, fauche précoce,
-pas de lisier, fauche tardive.
Ces sous-parcelles étaient ensuite légèrement pâturées
à l’automne.
Des relevés floristiques ont été effectués
en 2000, 2002 et 2007.
Au cours de cette période les principaux résultats obtenus
ont été les suivants.
Quantité récoltée :
Il n’y a pas eu d’effet sensible de la suppression du lisier
sur la production de matière sèche. En moyenne 1.75 t
de foin ont été récoltés, de 2001 à
2004, au 15 juillet, contre 1.53 au 15 août.
Qualité du foin :
La suppression du lisier a conduit à un foin plus pauvre en Matières
azotées (- 9 %), alors que le retard de la fauche a fait baisser
ce taux de 5 %. La suppression du lisier a, en outre, donné un
foin un peu plus pauvre en P et K. Le retard de fauche a fait baisser
légèrement le taux de K. Par ailleurs il n’y a eu
que peu d’effet des traitements sur la valeur énergétique
du foin.
Relevés floristiques :
Le nombre d’espèces végétales notées
en un seul passage (fin juin, début juillet) a permis d’en
compter, en moyenne, 26 en 2002 et 22 en 2007, par sous-parcelles.
La suppression du lisier a fait augmenter le nombre d’espèces
de 7 sur les lignes de mesure et le retard de fauche a eu l’effet
inverse : la parcelle la plus pauvre en espèces (lisier
et fauche tardive) n’a donc que 20 espèces en 2007. La
parcelle la plus riche (pas de lisier et fauche précoce) a 28
espèces au total en 2007. Elle en avait 36 en 2002 ! A noter
que ces inventaires n’ont pas été exhaustifs, certaines
espèces étant des plus discrètes ! Ils donnent
simplement une tendance.
Le nombre d’espèces cumulées sur les 4 parcelles
a été de 45 en 2002 et 39 en 2007, pour un total de 60
taxons recensés dans ces parcelles. Globalement il y a donc eu
une augmentation de la diversité floristique, peut-être
due à la diversité des conduites appliquées sur
les sous-parcelles.
Fréquence des espèces :
En 2002, 3 espèces étaient surtout présentes :
la Bistorte (24 %), le Trèfle blanc (28 %) et l’Agrostis
(21%), représentant 73 % de la fréquence totale des plantes.
Il y avait plus de Bistorte après suppression du lisier et moins
de Trèfle.
En 2007 on a observé beaucoup de Bistorte (40 % en moyenne),
surtout sur la parcelle en fauche tardive recevant du lisier (56 %).
Le Trèfle blanc est à un niveau faible. Il est le plus
élevé en fauche précoce et avec lisier (10 %).
Le niveau de l’Agrostis est passé à 7 %, contre
21 % en 2002. Deux autres plantes sont notables : la Fétuque
rouge (9 %), plus élevée sans lisier et le pâturin
de Chaix (7 %), plus élevé sans lisier et en coupe précoce.
Conclusion :
Ce travail a été interrompu en 2007, sans avoir été
conduit à son terme. Cependant, on peut en tirer quelques conclusions.
Tout d’abord, il faudra probablement beaucoup de temps
pour revenir à l’état initial, compte tenu
des quantités très élevées de fertilisants
apportées sur de telles prairies, et aussi des faibles exportations
de foin chaque année! Ce travail ne permet pas de donner le nombre
d’années nécessaires pour revenir à l’état
initial.
La fauche tardive, en permettant aux plantes de réaliser leur
cycle, fait baisser un peu la quantité et la qualité du
foin récolté, mais il apparaît que les écarts
sont « raisonnables » avec une fauche précoce
probablement dommageable au maintien, à long terme, de la biodiversité
floristique.
Il est certain, toujours à long terme, que la suppression
du lisier est nécessaire pour revenir à l’Habitat
de la Directive Natura 2000. Par contre, pour la date de fauche, les
résultats sont plutôt flous ! Au bout de 7 ans sans
lisier, la flore est encore très différente de celle présente
autrefois. La seule recommandation à faire, outre la suppression
de l’apport de lisier, est donc de ne pas faucher trop tôt
pour favoriser la floraison et la fructification d’un maximum
d’espèces !
Par contre, on peut noter que la diversité des conduites, sur
de petites surfaces dans un même site, y compris des apports localisés
de lisier, induit une diversité floristique élevée,
avec l’apparition d’espèces eutrophes, de nitophiles,
etc…. Ce résultat, non envisagé lors de la mise
en place de l’essai, n’a pas de relation avec notre objectif
initial. Il conduit cependant à une conclusion à relever
de cette étude !
Référence :
Loiseau P., Bony J., 1989. Reconversion de pâturages d’estive
en prairies de fauche. Fourrages, 118, 149-165.
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