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Mais que deviennent nos Hirondelles ?


Parmi les espèces les plus familières qui nous entourent il y a les Hirondelles. Alors que le printemps arrive, et même si une seule ne le fait pas, que peut-on dire sur ce qu’elles deviennent. En effet les changements actuels dans l’agriculture, l’extension des villes, l’évolution des conditions climatiques peuvent les aider ou les faire régresser. Où en sommes nous en Auvergne ?

Il existe en Auvergne 4 espèces d’Hirondelles :

-l’Hirondelle rustique, ou Hirondelle de cheminée ( bleu ardoisé, avec la face brique et le ventre blanc), qui nichait dans les cheminées des châteaux et s’est adaptée aux bâtiments abritant des animaux domestiques (bovins, ovins, porcs,..),
-l’Hirondelle de fenêtre (reconnaissable à son croupion blanc) qui s’est adaptée à la nidification en ville,
-l’Hirondelle de rivage, de couleur brune, qui niche dans les talus des rivières et des sablières,
-l’Hirondelle des rochers, de couleur brune aussi, relativement rare et qui niche normalement sur des parois rocheuses.

Répartition régionale de nos Hirondelles :
Les Hirondelles de cheminée et de fenêtre sont réparties dans toute la région. Normalement les Hirondelles de cheminée nichent plutôt à la campagne et sont présentes tant qu’elles trouvent des fermes pour y établir leur nid. Les Hirondelles de fenêtre sont plutôt urbaines et nichent dans les villages et les centres des villes sous les toits des maisons ou immeubles.
Par contre les 2 autres espèces sont plus localisées. L’Hirondelle de rivage niche le long des grandes rivières, le Cher, l’Allier, la Dore, la Loire. Sa population est estimée entre 2000 et 3000 couples. Enfin l’Hirondelle des rochers est localisée, mais bien présente en Haute-Loire, dans le Cantal et dans une partie du Puy-de-Dôme. Elle compterait entre 500 et 800 couples.

Evolution des populations :
Si déclin il y a ce sont les 2 principales espèces qui sont touchées. L’Hirondelle de cheminée est très dépendante de l’élevage pratiqué dans les fermes. Avant que l’homme ne construisent des bâtiments utilisables elle nichait dans des grottes et était probablement très rare. Jusqu’à il y a 30-40 ans cette espèce était abondante dans les fermes. De nombreux bâtiments étaient à leur disposition, ainsi que beaucoup d’insectes. Puis l’élevage des ovins et des bovins a reflué. Les petits bâtiments ont été fermés et les Hirondelles de cheminée ont vu, inexorablement, leur population décliner. Ce constat est difficile à chiffrer, sauf là où il y a eu des études (baguage dans les années 1970-1990). Les résultats du réseau indiquent une reprise de 20% en 5 ans.
Le déclin de l’Hirondelle de fenêtre est plus difficile à appréhender. Avant d’utiliser les bâtiments humains, ce qui doit être très ancien, cette Hirondelle nichait sur des parois rocheuses. On connaît un tel site en vallée de Rentières, dans le Puy-de-Dôme. Par ailleurs la plupart des bâtiments qu’elles utilisaient il y a 40 ans existent encore. Cependant les nouveaux bâtiments ne leur sont pas favorables et l’utilisation de certains bâtiments anciens peut leur être interdit. Il y a aussi probablement moins d’insectes en ville qu’autrefois. De 2001 à 2006 sur les sites suivis la population a cependant augmenté de 50%, ce qui est réconfortant.
Quant aux 2 autres espèces elles semblent stables. L’Hirondelle de rivage peut être affectée par ses conditions d’hivernage en Afrique, mais l’Hirondelle des rochers semble se maintenir correctement.

En conclusion nos Hirondelles résistent, mais il est évident que l’évolution des pratiques agricoles, l’évolution des constructions humaines, l’augmentation du recours aux insecticides, sont des dangers qui existeront de plus en plus pour elles.

Modifications de comportement :
Un autre point attire l’attention des ornithologues, c’est l’évolution de certains comportements de ces oiseaux. Cette évolution est permise par des capacités d’adaptation propres à certaines espèces, voire à certains individus. Ces capacités pourraient être bien utiles à nos Hirondelles.

Modification des sites de nidification :
Des Hirondelles de cheminée nichent maintenant en ville, sous des porches ou sous des balcons. C’est relativement nouveau et cela pourrait aider l’espèce à pallier la diminution des étables et autres bergeries, qu’elle affectionnait. Il serait intéressant d’étudier plus avant ce phénomène. Pour l’instant les Hirondelles de fenêtre et celles de rivage continuent à nicher dans leurs sites habituels, mais elles ne sont pas encore vraiment soumises à une baisse de leurs sites traditionnels de nidification. Par contre, l’Hirondelle des rochers s’est adaptée depuis quelques dizaines d’années aux bâtiments humains (églises, châteaux,..). C’est un phénomène original, constaté dans de nombreux endroits, et qui permet à l’espèce d’augmenter ses populations.
C’est ainsi que dans certaines villes du sud de la France 3 espèces nichent en ville. Cela est peut-être pour bientôt en Auvergne. Affaire à suivre !

Modifications des dates d’arrivée :
Toutes nos Hirondelles quittent l’Auvergne à l’automne. Au printemps leur arrivée est guettée par beaucoup de gens. Là aussi on observe des changements. Ainsi, en quelques années, les dates d’arrivée des premiers individus de chaque espèce, et même les dates d’arrivée de troupes importantes, sont devenues plus précoces. Adaptation à l’évolution des températures au début du printemps ? Oui, sûrement, mais, du fin fond de l’Afrique, comment les hirondelles savent elles que la température augmente d’année en année. Par ailleurs l’augmentation n’est pas régulière et on retrouve, comme en 2008, des oiseaux cherchant à se nourrir alors que la neige tombe encore ! Affaire à suivre aussi ! Nos Hirondelles n’ont pas fini de nous surprendre !

Le réseau « Hirondelles Auvergne » :
Il y a 6 ans la LPO s’est ému du déclin des Hirondelles. Ce déclin était bien visible à travers différents comptages. Ce constat a alors incité la LPO Auvergne à mettre en place un suivi des 2 espèces principales, celle de cheminée et celle de fenêtre. Fin 2007 le réseau compte 6 années de suivi et, surtout, plus de 150 participants, suivant plus de 180 sites sur plus de 150 communes. C’est dire le succès rencontré par ce réseau, coordonné par JJ Lallemant, réseau qui ne demande qu’à s’étoffer.


JPDulphy le 2 avril 2008 pour Nature Vivante

 

 

 


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