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Production de gaz à effet de serre (GES) par une exploitation agricole :
cas du domaine bio de Redon.

Il est maintenant bien admis que les GES émis par les activités humaines contribuent au réchauffement global de nôtre planète. Ces gaz sont : le gaz carbonique (CO2) qui provient surtout de l’utilisation des énergies fossiles, le méthane (CH4) qui provient principalement de la digestion des végétaux par les animaux, le protoxyde d’azote (N2O) qui provient de phénomènes naturels qui concernent les sols cultivés. L’accumulation des déchets et l’industrie contribuent aussi à l’émission de méthane et de protoxyde d’azote. Il existe enfin d’autres gaz provenant des activités humaines, mais en quantité moindre.

Rôle de l’agriculture :

L’agriculture représente 19% des émissions de GES à l’échelle nationale. C’est elle qui émet près de 70 % du méthane et du protoxyde d’azote. Le méthane est produit par l’élevage des animaux domestiques : environ deux tiers par les fermentations entériques et un tiers par le stockage des déjections. Le protoxyde d’azote provient de l’oxydation de tous les composés azotés qui sont utilisés ou produits par l’agriculture et l’élevage (engrais, azote fixé par les légumineuses, déjections,..).

Le Domaine de Redon :

Le domaine de Redon est un domaine conduit en agriculture biologique par l’INRA (Institut National de la Recherche agronomique) depuis 2000. Sa surface, du moins pour ce qui concerne l’étude présentée ici, est de 24 ha. Un troupeau de 100 brebis y est installé. La biodiversité rencontrée sur ce domaine a déjà fait l’objet d’une note ( ) dans Nature Vivante.

Fonctionnement du troupeau :

Le troupeau étudié comporte donc 100 brebis.
Une partie des animaux rentre en bergerie en octobre pour mettre bas en novembre. Ils reçoivent alors des fourrages conservés et des aliments concentrés (mélange de céréales et de tourteau). Les agneaux ne sortent pas et sont vendus progressivement pendant l’hiver.
L’autre partie du troupeau rentre en novembre et met bas en mars. Les agneaux produits et leurs mère sortent ensuite en avril et les agneaux, après sevrage, sont engraissés à l’herbe.
En outre le troupeau comporte 6 béliers et une dizaine d’agnelles destinées à remplacer les brebis qui sont réformées.

Fonctionnement de la production fourragère :

Le domaine comprend 13 parcelles, dont une est semée en céréales, 6 sont fauchées au printemps pour faire des stocks de fourrages pour l’hiver, les autres sont exploitées uniquement par pâturage. Les parcelles fauchées sont parfois pâturées avant la fauche et le sont en été et à l’automne. Au final les brebis passent en moyenne 7 mois au pâturage et 5 mois en bergerie. Le fumier est transformé en compost et épandu sur les prairies de fauche et la céréale. Aucun engrais chimique n’est utilisé, ni aucun pesticide dans les prairies et sur la céréale.

Production de méthane par les animaux :

La production de méthane par les animaux est liée avant tout aux quantités d’aliments qui sont consommées.
Ces quantités sont les suivantes pour 100 brebis et leur suite, sur une année :
herbe sur pied : 48600 kg de matière sèche
foin : 29400 kg de matière sèche
320 kg de luzerne deshydratée
3430 kg de céréales
1360 kg de concentré pour les brebis
5150 kg de concentré pour les agneaux

A partir de ces données on a estimé les quantités suivantes de méthane produit par an :
- 1700 kg à partir des fermentations entériques
40 kg à partir du stockage des fécés. Ce stockage génère peu de méthane, contrairement à ce qui existe pour les bovins.

Un kg de méthane a un équivalent gaz carbonique de 21. Ce troupeau a donc émis l’équivalent de 36.5 tonnes de gaz carbonique, soit 365 kg par brebis suitée. Chaque brebis produisant environ 60 kg d’agneau par an, c’est un équivalent de 6 kg de gaz qui est émis par kg de carcasse produite. A titre de comparaison une étude faite sur des bovins viande donne une valeur de 5.5 kg

Production de protoxyde d’azote à partir des rejets des animaux :

Le protoxyde d’azote est un gaz dont l’effet de serre est très élevé, soit 310 kg d’équivalent CO2 par kg.
Une petite quantité est produite dans le rumen, mais elle est négligeable.
Une autre quantité est produite par l’évolution des rejets d’azote (féces et urine) au pâturage : à Redon, environ 19 kg sont émis, soit l’équivalent de 6000 kg de CO2.
De la même façon l’azote rejeté dans la litière émet du protoxyde d’azote : environ 4.5 kg de protoxyde, soit 1400 kg d’équivalent CO2.

Production de protoxyde d’azote au niveau des sols :

Les sols émettent du protoxyde d’azote lors de l’évolution de l’azote qu’ils contiennent. A cela s’ajoute les émissions dues à l’évolution de l’azote fixé par les légumineuses et de l’azote apporté par le compost (ou l’ammonitrate en agriculture conventionnelle). Cette émission est estimée à 103 kg de protoxyde d’azote pour les 24 ha de Redon, soit 32 tonnes d’équivalent CO2 par an, ce qui est considérable !
En outre se déposent sur les sols l’ammoniac émis par la décomposition de l’urine des animaux. Cette émission est estimée à 2.2 kg de protoxyde, soit l’équivalent de 700 kg de CO2. Il y a d’autres dépôts d’azote provenant des villes, du transport et des activités industrielles. Ils devraient être pris en compte, mais faute de chiffrage, nous négligerons cette source.
Enfin le lessivage des nitrates entraîne une très petite émission de protoxyde d’azote. Pour Redon ce lessivage est estimée à 9 kg d’azote par an, ce qui génère 8 kg de protoxyde pour le domaine, soit 2600 kg d’équivalent CO2.


Production de gaz carbonique fossile :

Au niveau d’une exploitation agricole on peut distinguer des émissions directes, liées à l’utilisation de carburants et de lubrifiants par les tracteurs, ainsi que des émissions liées à la fabrication du matériel, à la construction des bâtiments, à l’utilisation d’électricité, à l’achat d’aliments concentrés, etc…

Dans le cas examiné on estime que cette production est de 10000 kg de gaz carbonique par an (estimation faite à partir d’élevages ordinaires conduits en AB).

Que retenir de cette avalanche de chiffres ?

Au final cette petite exploitation génère une quantité de GES équivalent à 89 tonnes de gaz carbonique pour 100 brebis sur 24 ha !
Chaque brebis entraîne donc une production de GES équivalente à l’émission d’une petite voiture pendant 7000 km (consommation de carburant uniquement).
La conduite en Agriculture Biologique a t’elle un avantage par rapport à la conduite « conventionnelle » ? Malheureusement très peu. En effet dans les 2 cas les brebis émettent du méthane. Les possibilité de réduction de ce gaz sont très limitées. De plus la recherche d’une consommation maximale de fourrages en bio va plutôt à l’encontre d’une réduction du méthane. Quant aux sols ils émettent quelle que soit leur conduite. Bien sur ils émettent un peu moins en Agriculture Biologique qu’en conventionnelle, mais les écarts sont probablement faibles !
Au final on est donc devant une activité dont il est difficile de maîtriser l’impact sur l’effet de serre.
Heureusement les impacts de l’élevage « biologique » ne se limitent pas à l’émission de GES. Rappelons que la conduite biologique exclue pratiquement l’usage des pesticides, fort dangereux pour l’homme, comme pour les plantes et les animaux sauvages, et a un réel avantage sur la conservation de la biodiversité.

Le 4 décembre 2006
JP Dulphy

Comparaison d'un élevage en AB etun autreconventionnel

 

 

 


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