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LA BIODIVERSITE FAUNISTIQUE

Mise au point d’un outil simple de diagnostic de des prairies permanentes d’Auvergne.


Etablir un diagnostic de la biodiversité faunistique d’une prairie n’est pas à la portée d’un non spécialiste. Il faut en effet réaliser une série d’inventaires qui relèvent en général de différents spécialistes (des mammifères, des oiseaux, des reptiles et amphibiens, et d’une multitude de groupes d’insectes). C’est pourquoi, à la demande de la DIREN Auvergne, et sous l’impulsion de l’ENITAC, un outil simple d’estimation est actuellement en cours d’élaboration. Il est destiné aux agriculteurs, à leurs techniciens et à tous ceux qui ont à prendre des décisions quant à la gestion des prairies permanentes.

L’outil, dont la préparation est presque achevée, aura 2 volets : un volet flore, et un volet faune.
C’est le volet faune qui est présenté ici.

Contexte général :

Après une première étude en 2002-2003, il a été décidé en 2004 de faire appel à l’expertise pour élaborer cet outil. Ainsi les experts ont déterminé à priori, des indicateurs simples, facilement observables sur le terrain, en lien avec la biodiversité faunistique.
En 2005 des inventaires de la faune des prairies ont été réalisés ou rassemblés. En parallèle sur les prairies où ont été réalisés les inventaires, les indicateurs simples ont été relevés. En l’état actuel l’outil concerne les oiseaux, les orthoptères (sauterelles et criquets) et les rhopalocères (papillons volant le jour).
Pour les 3 catégories faunistiques, le nombre d’espèces relevées par le spécialiste a été mis en relation avec les indicateurs simples. Ces indicateurs sont déterminés à partir d’un relevé des éléments paysagers, donnant lieu à une « note paysagère », et d’un comptage des animaux, sans détermination précise des espèces.


Note paysagère : la première étape pour l’application de l’outil est la détermination d’une note caractérisant le « paysage » autour et dans la prairie. Dans la prairie ce sont en fait des « éléments paysagers «  qui sont notés.

La notation est faite par la personne qui veut porter le diagnostic, tout en parcourant la parcelle. Cette notation prend en compte :
-le cadre (bocage, bois, prairies, cultures, 0 à 9 points)
-les substrats présents dans la parcelle (rochers, sol nu, cailloux, bois morts, 0 à 8 points)
-les habitats (eaux stagnantes ou courantes, chemins, murets, talus, 0 à 10 points)
-la présence de ligneux (arbres, arbustes, buissons, 0 à 17 points)
-les caractéristiques de la végétation herbacée (0 à 10 points)
Il est quasiment impossible d’avoir une note égale à 0. La note maximale théorique est de 54, mais, à ce moment là, le territoire concerné n’est plus vraiment une prairie ! Dans la pratique les notes maximales trouvées ont été de 30-35.
Il a été vérifié que la note paysagère était relativement bien corrélée avec les nombres d’espèces, respectivement d’oiseaux, d’orthoptères et de papillons.

Un mode opératoire est fourni par les coordinateurs de la méthode (Dominique ORTH et Claire BALAY ; ENITA de Clermont-Ferrand).

Oiseaux : une autre étape consiste à vérifier la présence d’oiseaux dans la prairie. Cette présence est relevée par la personne qui veut porter le diagnostic et qui, nous l’avons vu plus haut, n’est pas spécialiste des oiseaux.

Le relevé est effectué en parcourant la prairie à vitesse lente et en comptant tous les individus (oiseaux vus) présents dans la prairie ou s’y intéressant (oiseaux en chasse). Pour les groupes un chiffre maximum de 3 individus est noté. Ce relevé n’est pas fait pour les prairies inférieures à 5 ha. Les observations doivent être faites entre le 15 mai et le 15 juillet avant 10 h, avec des conditions météorologiques correctes.
Il résulte de ce relevé une valeur. Il a aussi été vérifié que cette valeur est relativement bien corrélée avec le nombre d’espèces fréquentant la prairie. Dans les études effectuées la gamme des valeurs trouvées va de 6 à 70.

Papillons : l’outil mis en place prévoit de vérifier la présence des papillons diurnes, sans les identifier. Le relevé est également fait par la personne qui veut faire le diagnostic de la prairie.

Ce relevé n’est effectué que si la température est suffisante pour que les papillons volent. Il est fait sur un transect de 4 m de large, transect qui traverse les différents faciès de la prairie. Il consiste à noter le nombre d’individus, en les affectant à 9 catégories, selon leur taille et leur couleur. La notation se fait entre 10 et 16h., alors qu’il y a des fleurs dans la prairie. La période d’observation des papillons est la même que celle de la flore.
On dispose donc alors de 2 valeurs, le nombre d’individus et le nombre de catégories. Ces valeurs sont assez bien corrélées au nombre d’espèces relevé par expertise. Le nombre d’individus vus par le non spécialiste varie d’une dizaine à plus de 100.

Orthoptères : c’est le troisième groupe d’animaux dont la présence est testée par l’outil proposée.

Les orthoptères sont des insectes qui sortent relativement tard en saison. Il est donc proposé de les observer du 15 juillet au 15 septembre., en parcourant la prairie entre 10 et 16 h. alors que les conditions météorologiques sont favorables (données dans le guide méthodologique). La présence de 5 catégories est notée : les Mantes religieuses, les grillons, les sauterelles, les criquets sans ailes colorées, ceux avec ailes colorées. La valeur trouvée est en relation, mais assez faiblement, avec le nombre d’espèces.

Diagnostic final : lorsqu’on dispose de la note paysagère et des « notes » concernant les oiseaux, les papillons et les orthoptères, des grilles permettent de situer la biodiversité de la prairie dans plusieurs classes : faible , moyenne ou forte, avec quelques possibilités de situations intermédiaires. Ces grilles sont aussi disponibles auprès de l’ENITAC.

Grosso-modo pour des notes paysagères allant jusque vers 13 la biodiversité faunistique est faible, elle est moyenne entre 13 et 25, élevée au-dessus. Des valeurs plus précises sont données avec la description de l’outil. Les valeurs concernant les différentes catégories d’animaux sont ensuite utilisées pour conforter le diagnostic.

Quelques commentaires :

L’outil proposé a été établi en comparant rigoureusement les données de spécialistes et de non-spécialistes. Il est donc relativement fiable. Il pourra cependant être amélioré car pour l’instant, seules 16 à 23 parcelles ont été prises en compte par groupe animal et il n’y a pas eu d’inventaire des différents groupes d’animaux sue les mêmes parcelles.
Il a été testé dans les Vosges sur d’autres groupes d’insectes. La note paysagère, y compris la note relevé à la mauvaise saison (sans notation donc de la végétation herbacée), s’est révélée très intéressante à utiliser, même seule.
Il faut noter que le développement de l’outil est limité à certains groupes d’animaux, les plus connus ou les plus faciles à inventorier. L’outil ne concernera donc jamais toute la faune. Il est donc retenu l’hypothèse qu’il existe des relations positives entre le nombre des espèces dans différentes groupes d’insectes. Ceci n’est pas toujours vrai, mais si une prairie est très biodiverse pour certains groupes on considérera qu’elle est « riche » tout simplement !
Quelques améliorations sont encore à opérer, en particulier une meilleurs prise en compte de la surface des prairies.
Ceci dit cet outil s’avère très intéressant pour discuter des pratiques des agriculteurs. La prise en compte des effets lisières, des bordures, du contexte a un effet positif connu, qui peut compenser en partie des pratiques défavorables. L’outil a donc aussi un aspect pédagogique important.

En conclusion il apparaît possible de situer la biodiversité faunistique d’une prairie avec des indicateurs simples. L’outil proposé peut aider les agriculteurs à porter un jugement sur leurs prairies et leurs pratiques. C’est un outil de gestion qui ne se substitue pas aux inventaires précis, mais longs et coûteux. Son amélioration continue.

Contacts : Dominique Orth et Claire Balay, ENITA de Clermont-Ferrand
J.P. Dulphy, INRA de Theix


 

 


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