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BIOCARBURANTS OU AGROCARBURANTS ?


En 2002 la France a consommé près de 100 millions de tonnes de produits pétroliers. Nos responsables politiques parlent beaucoup de biocarburants pour remplacer une partie des produits pétroliers. Il apparaît cependant que leur intérêt économique est relativement limité.

Le terme de biocarburant est trompeur. Les produits concernés sont des carburants d’origine agricole et ne sont pas produits du tout dans le cadre de l’Agriculture biologique comme le terme bio pourrait le faire penser. Nous utiliserons donc le moins possible ce terme.

Nature de ces carburants :

Il existe 3 grandes catégories de carburants agricoles (Source = JM Jancovici) :
*Les huiles ou des dérivés appelés EMHV (ester méthylique d’huile végétale). Ils proviennent du Colza et du Tournesol. Les huiles sont utilisables telles quelles, mais les dérivés sont mélangés au gazole pour donner du diester.
*Les combustibles obtenus à partir de la transformation par fermentation de produits agricoles en alcool (betterave, canne à sucre, blé, ..). Les alcools purs sont utilisables avec des moteurs adaptés. Il existe aussi des dérivés obtenus en faisant réagir ces alcools avec l’isobutène (produit pétrolier). On obtient l’ETBE ou le MTBE.
*Les combustibles composés de biogaz (méthane), issus de la fermentation anaérobie de biomasse.

Dans tous les cas la fabrication de carburant génère des coproduits : tourteaux, pulpes, vinasses, drèches, etc.., dont une partie est utilisable par des animaux ruminants domestiques.

Rendements énergétiques :

Pour produire des plantes en agriculture il faut dépenser de l’énergie en quantité non négligeable (fabrication des machines, carburants, engrais, pesticides,..). Le tableau ci-dessous, d’après J M Jancovici, donne des indications sur les quantités d’énergie nécessaires à la production de certains agrocarburants et les quantités d’énergie produites (valeur brute et nette).

Energie produite par ha. (en TEP = Tonne Equivalent Pétrole):

Filière
Culture
Energie brute/ha
Energie dépensée/ha
Energie nette
récupérable/ha
Huile Colza
1,37
0,5
0,87
Huile Tournesol
1,06
0,29
0,76
Ethanol Betterave
3,98
3,22
0,76
Ethanol Blé
1,76
1,72
0,04

Ces chiffres seront, bien évidemment, soumis à évolution au fur et à mesure que les connaissances et les techniques s’amélioreront. Cependant ils montrent que pour remplacer la quantité de carburant utilisée actuellement il faudrait cultiver près de 120 % du territoire agricole français, pour les 3 premières plantes. Les optimistes retiendront que le Colza, le Tournesol et la Betterave peuvent fournir au mieux 1 TEP nette par ha.
Au final la production agricole de carburants ne pourra être que marginale, dans la mesure où les terres agricoles ont en priorité la vocation de produire de l’alimentation et où beaucoup d’entre elles ne sont pas labourables.

Respect des ressources naturelles :

La production de carburants d’origine agricole n’est pas forcément une hérésie. Encore faut-il qu’elle soit respectueuse de l’Environnement et des ressources naturelles.
Il est nécessaire d’améliorer l’efficacité des productions de carburants agricoles (c’est le travail de la Recherche), mais sans augmenter l’impact des itinéraires culturaux sur l’environnement. Cela signifie que les cultures en cause ne doivent pas recevoir des engrais et des pesticides en excès, ne soient pas faites à partir de plantes OGM et n’augmentent pas l’eau prélevée pour l’irrigation (prélèvements qui sont déjà largement excessifs). Cela signifie aussi que les paysages entourant ces cultures soient respectés, voire améliorés (conservation et implantation d’arbres, de haies, de talus, etc..).
Enfin, il serait aberrant de produire ces agrocarburants et de dépenser beaucoup d’énergie pour les transporter.


Des propositions :

Dans la mesure où les agrocarburants n’auront qu’un intérêt limité et présentent un gros risque pour l’environnement, il vaut mieux ne pas dépenser encore de l’énergie pour les transporter au loin, les propositions faites par FNE (France Nature Environnement) sont de les utiliser en priorité sur les exploitations agricoles. Ainsi L. Vilain estime que les exploitations agricoles devraient consacrer autour de 15 % de leur surface à des cultures énergétiques (bien sûr sans labourer de nouvelles surfaces). Il est évident que l’autonomie des exploitations agricoles serait alors largement augmentée (ce qui n’est pas le cas avec le traitement industriel actuel de la question). Par ailleurs les co-produits pourraient être utilisés dans les zones d’élevage et réduire la dépendance des éleveurs vis-à-vis des protéines venant d’Amérique du sud ou d’ailleurs.
Nous demandons donc que ces propositions soient sérieusement étudiées par l’INRA et par les instances agricoles.

Un exemple donné lors de la Journée Technique Agriculture Biologique de Tulle :

En septembre 2006, lors de la journée technique du Pôle Scientifique Agriculture Biologique Massif Central, P-J Borniche de l’APABA (Association de Promotion de l’Agriculture Biologique en Aveyron, Rodez) a donné des éléments concrets pour valoriser les oléagineux produits en AB en huile carburant et en tourteaux gras.

Selon P-J Borniche, le colza cultivé en AB peut (dans les conditions pédoclimatiques du Massif Central) avoir un rendement de 2 tonnes de graines par ha. Ces 2 tonnes, après pressage et filtration donnent 1240 kg de tourteaux et 830 litres d’huile. L’huile carburant permet une réduction substantielle de la pollution. Elle peut être utilisée en mélange à 25 % dans tous les moteurs agricoles et en pur dans des moteurs adaptés.
Les tourteaux gras (tournesol oléique et colza) sont utilisables par des vaches adultes, en ne dépassant pas 4-5 kg par animal et par jour. Il y a cependant nécessité de ne pas utiliser des tourteaux trop gras (à plus de 15% de MG) et de respecter des conditions de stockage précises.
La rentabilité de ce système a été mesurée. Il permet de produire du carburant à un prix compris entre 0.35 et 0.50 euros par litre (valeur économique du tourteau déduite). P-J Borniche estime qu'en valorisant ses productions oléagineuses à la ferme et en réduisant les intrants (aliments achetés, fuel,..) le résultat d’activité à l’ha peut être supérieur à un débouché classique (vente de graines et achat des intrants) jusqu’à + 50 % .
Pour situer cet exemple rappelons que la consommation de combustible sur le Domaine INRA de Redon (troupeau de brebis en AB) est de 50-70 litres par ha et par an. Ce domaine ne peut pas produire d’huile et devrait l’acheter.

Conclusion :

Le fabrication et l’utilisation sur place de carburants produits à la ferme est une voie qui peut et doit être développée si et seulement si elle se fait dans le respect de l’environnement . Leur production en Agriculture Biologique est tout à fait envisageable et donne de bons résultats. Dans tous les cas la production de biocarburants peut donc être fortement encouragée à la ferme. Une fiscalité adapté à cet objectif est tout à fait nécessaire, plutôt que de chercher de suite à faire utiliser les biocarburants par les particuliers. L’utilisation des jachères, quand cela n’est pas encore fait, est souhaitable pour cet objectif.
Cependant ce n’est pas cette pratique qui aidera à résoudre durablement la baisse des énergies fossiles, les rendements par ha, étant, somme toute, relativement faibles. Son approche industrielle actuelle va, en outre, tout à fait à l’opposé du respect de l’environnement et des ressources naturelles, L'utilisation directe de la biomasse comme source de chaleur est donc à mettre en priorité.
Enfin, n’oublions pas non plus qu’avant de développer de nouveaux carburants, il faut économiser ceux qui existent : il est donc nécessaire d’éliminer les gaspillages divers et les consommations superflues.


Le 21 décembre 2006
J.P. Dulphy

 

 


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