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La biodiversité dans les estives du Cantal.


Dans le cadre d’une étude européenne en réseau, l’INRA de Clermont-Theix ( B. Dumont, A. Farruggia et J.P. Garel) a testé sur une estive de Landeyrat 2 modalités de pâturage : la race (Charolaise, contre Salers) ; le chargement ( 7, 5 et 3 génisses par parc de 3,8 ha, soit : 1,2 , 0,85 et 0,5 UGB par ha.). L’étude a duré 5 ans, de 2002 à 2006.

Les mesures faites sur place ont été les suivantes :

-Caractérisation du couvert végétal (biomasse, hauteurs, zones pâturées,…). A noter que la production de matière sèche mesurée sur le site a été en moyenne de 2,25 tonnes par ha et par an.
-Evaluation du comportement et du prélèvement faits par les animaux,
-diversité spécifique végétale et animale, à laquelle nous nous intéresserons plus ici.

La race n’a pas eu d’effet visible sur l’ensemble des paramètres mesurés.


Flore :

Sur cette estive le nombre d’espèces végétales était élevé, de l’ordre de 50 à 60 par parc (autour de 25 par m²). A court terme, le chargement n’a pas eu d’effet sur ce nombre. Par contre les différences de chargement ont modifié logiquement la structure du couvert végétal. En effet il est resté plus de biomasse sur place de juin à septembre avec le chargement allégé, avec une surface pâturée plus faible et des zones épiées plus importantes. Il en est donc résulté des conditions de milieu différentes selon le chargement pour les différentes espèces végétales et animales présentes.

Avec un chargement faible il a été observé, en volume, plus de plantes diverses (plantes à fleurs), et, en particulier, celles à tige érigée, ou pouvant se dresser au sein du couvert herbeux, mais moins de légumineuses (qui aiment la lumière) , surtout en 2003, année très sèche, même dans le Cantal ! Par contre le volume des graminées est resté stable, en proportion, malgré les variations de chargement.

Papillons :

Au départ la richesse du site en papillons (relevés de Ph. Bachelard) état plutôt faible, en relation avec la conduite classique des estives et le type de végétation. Au fil du temps cette richesse a augmenté. En 2006 les parcs les plus riches abritaient près d’une vingtaine d’espèces.
De plus l’abondance en individus et le nombre d’espèces a augmenté avec l’allégement du chargement. Les papillons de couvert haut se satisfont ainsi très bien des mosaïques de végétation créées par le pâturage. Ceux de couvert bas sont restés peu abondants.


Orthoptères :

Pour ce groupe aussi (relevés de E. Boitier) le nombre d’espèces a augmenté avec l’allégement du chargement, jusqu’à un maximum d’environ 8 espèces par parc. Par contre l’abondance maximale en individus a été noté pour le chargement intermédiaire. Cela est du à l’évolution du nombre d’individus des espèces de couvert bas, ceux des espèces de couvert haut étant très nettement avantagé par l’allégement du chargement.

Insectes du sol :

Très nombreux, les insectes du sol ont été piégé pour leur détermination au laboratoire (travail de B Calmont). Leur évolution a été variable selon les groupes. Globalement le nombre d’individus a augmenté avec l’allégement du chargement. Cela est vrai, par exemple pour les Crabes, sauf en 2004. Par contre le nombre de coprophages baisse logiquement, lorsque le chargement est plus faible, sauf au départ, en 2002. Les insectes détritivores ont augmenté aussi logiquement avec la baisse du chargement. Les phytophages ont été les plus nombreux au chargement intermédiaire !

Oiseaux :

L’estive, support de l’étude, ne comporte aucun ligneux. C’est un vaste ensemble herbeux, jouxtant un ruisseau. Dans ces conditions le nombre d’espèces nicheuses est très faible : Alouette des champs surtout, Pipit farlouse, Tarier des près et Caille. Les densités de Cailles n’ont pu être évaluées. Les Tariers étaient positionnés principalement dans une zone humide et le long du ruisseau, dons hors des parcs en général.
La densité en Alouettes des champs a été très élevée : près de 1 couple par ha, sans effet du chargement en bovins. Il y avait 1 à 2 couples de pipits par parc, sans variation non plus avec le chargement.


Conclusion :

Au final il est apparu une excellente résilience de l’estive étudiée face à des chargements très différents. L’allégement du chargement a favorisé les plantes à fleurs, les graminées peu tolérantes au pâturage, les papillons et les orthoptères. L’augmentation du chargement a favorisé les espèces de graminées compétitives, les Légumineuses et les insectes coprophages. Enfin l’abondance des oiseaux et des insectes phytophages n’a pas été modifiée par le chargement.
Les auteurs insistent alors sur le fait qu’à chaque chargement correspond un « profil » de biodiversité. Sur de telles zones pâturées, si il n’y a pas d’objectif précis sur la « nature » de la biodiversité recherchée, les résultats obtenus montrent alors l’intérêt de promouvoir le maintien d’une diversité d’utilisation des surfaces au sein des exploitations d’élevage.


Références :

Dumont B., Farruggia A., Garel J.P., 2007. Résultats du programme européen Forbioben : impact du chargement et de la race animale sur la biodiversité prairiale. Exposé lors du séminaire CEPA sur la gestion des milieux naturels par le pâturage et conservation de la biodiversité. Riom le 11 octobre.

Dumont B., Farruggia A., Garel J.P., 2007. Pâturage et biodiversité des prairies permanentes. Texte présenté aux 14 èmes Rencontres autour des recherches sur les Ruminants. Paris, les 5-6 décembre.

Dulphy J.P. 2006. Suivi ornithologique d’une estive du Cantal pendant 3 années. Le Grand Duc, 68, 9-14.


Note rédigée par J.P. Dulphy le 12 octobre 2007

 

 

 


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