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L’habitat « prairies de fauche montagnarde » en cours de disparition dans les Monts Dore?

Dans le cadre de l’opération Natura 2000 dans les Monts Dore, l’inventaire des habitats a révélé que celui nommé « prairies de fauche montagnarde » avait quasiment disparu. En 1999, il a donc été suggéré de supprimer l’apport de lisier sur une parcelle conduite par l’INRA au-dessus du lac du Guéry, pour suivre l’évolution de la flore, de la composition botanique et du fourrage. L’espoir était de voir la flore se diversifier pour revenir peu à peu à l’habitat cité plus haut.

Protocole et mesures :

Une grande parcelle, ayant reçu du lisier depuis près de 20 ans, a été choisie. Elle a été divisée en 4, pour y appliquer 4 traitements :
- sans lisier, avec fauche précoce (10 juillet) ou tardive (10 août)
- avec lisier, avec fauche précoce ou tardive.
Les 4 parcelles expérimentales ont été ensuite pâturées, chaque année en fin de saison.
En 2000, les 4 parcelles ont reçu du lisier. Les traitements différenciés ont été appliqués à partir de 2001.
Les quantités de fourrages récoltées (coupe puis fanage) ont été mesurées de 2001 à 2004. Un inventaire botanique qualitatif a été réalisé en 2000, puis des inventaires plus précis en 2002 et 2007, par M. Frain.

Quantité récoltée et composition des fourrages:

On dispose de 4 années de mesures (2001 à 2004).
Le fait d’avoir supprimé le lisier a fait baisser les teneurs en N, P et K des fourrages. La baisse est de 10 % pour N. Fin 2004, il n’y avait pas d’autres impacts clairs sur la composition des fourrages récoltés. Il n’y a pas eu non plus d’impact sur les quantités de foin récoltées.
Le fait de récolter plus tard a fait baisser le tonnage de foin récolté (ce qui est classique), ainsi que les teneurs en N, P et K. La baisse de la quantité de foin a cependant été minime : 220 kg par ha. et par an (1530 kg contre 1750). Celle de N a aussi été faible : - 5%.
A noter la faible production de foin, mais ensuite les animaux pâturent pendant 2 mois environ. Au final la suppression du lisier et la coupe tardive ont eu un impact relativement faible sur la production et la qualité du foin.


Relevés floristiques :

Il a été relevé plus d’espèces sans lisier qu’avec (27 contre 21), et plus pour la coupe précoce (27 contre 21). Apparemment le nombre d’espèces n’a pas varié entre 2002 et 2007.
On a noté donc plus d’espèces en absence de lisier, mais il n’est pas certain que cette observation soit significative. L’évolution de la flore que l’on a cherché à évaluer est probablement très lente à se manifester, compte tenu des quantités considérables de lisier qui ont été appliquées autrefois sur les parcelles.
Finalement on a recensé près de 60 espèces sur une petite surface, ce qui est notablement élevé. Cependant, cette flore ne correspond guère à celle de la Directive Habitats !

En 2002, 3 espèces surtout sont présentes : Bistorte, Trèfle blanc et Agrostis commun. L’absence de lisier fait augmenter la Bistorte et baisser le Trèfle blanc. Cette absence de lisier semble aussi induire une baisse du volume des autres espèces.

Par rapport à 2002, on a la situation inverse en 2007 : il y a moins de Bistorte en absence de lisier ! Il y a globalement très peu de Trèfle blanc (effet année ?). L’Agrostis commun a régressé aussi.

On peut donc souligner la difficulté qui existe pour interpréter les résultats !

En outre, 2 visites ont été effectuées pour avoir une appréciation visuelle de la végétation au printemps :

-28 mai 2005 : les parcelles avec lisier sont plus vertes que les 2 autres. Cette évolution est confirmée en 2007. Il y a beaucoup de Jonquilles* sur la parcelle sans lisier à coupe tardive, et moins de Pissenlits que sur les autres parcelles. Bien que la configuration des parcelles ne permette pas de dire qu’elles soient parfaitement comparables, une évolution de la flore des parcelles est sensible.

-7 mai 2007 : il y a des Jonquilles dans toutes les parcelles, partout avec de nombreuses Anémones sylvies, et une prolifération de Bistorte !

* Notons que la Jonquille est caractéristique des prairies montagnardes du polygono-trisetion et que le Pissenlit est une espèce prairiale favorisée par la fertilisation.

Conclusion :

Ce petit essai a duré 7 ans. Pendant cette période la flore a évolué avec les traitements appliqués, sans qu’on puisse en tirer des enseignements précis. On peut noter cependant que l’intensification des prairies de fauche en montagne modifie profondément leur flore, mais pas la diversité de cette flore. On n’a donc plus l’habitat qui existait, mais un autre, plus banal, certes, mais toujours diversifié, avec un plus grand déséquilibre entre les plantes dominantes et les autres, le lisier favorisant certaines espèces. Par ailleurs le retour à l’habitat initial semble très problématique. Il est probablement possible, mais sur un très long terme. Encore faudrait-il que les éleveurs changent leurs pratiques et soient sensibilisés à l’intérêt de certains habitats qu’ils gèrent !
Ainsi les prairies de fauche montagnarde à l’ancienne disparaissent sous l’effet de la fertilisation. Il sera difficile de revenir en arrière, et pourtant… elles étaient belles ces prairies de fauche !


J.P.Dulphy pour Nature Vivante le 24 avril 2008

 

 

 


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