Comme beaucoup de pathologies qui affectent l’espèce
humaine, l’échinococcose alvéolaire est une zoonose,
c’est-à-dire une maladie infectieuse des animaux vertébrés
transmissible à l’homme. On en connaît un grand
nombre qui sont de nature microbienne (peste), virale (grippe, fièvres
hémorragiques), ou parasitaire. C’est à cette
dernière catégorie qu’appartient l’échinococcose
alvéolaire. Il s’agit donc d’une parasitose qui
affecte presque exclusivement le foie et qui est provoquée
par la forme larvaire d’un cestode : Echinococcus multilocularis.
L’agent pathogène E. multilocularis est à, l’état
adulte, un petit ténia de 1, 2 à 3, 7 mm. A l’état
larvaire, il se présente sous la forme d’une vésicule
qui tend à envahir le foie avec destruction du tissu hépatique.
Sa gravité est liée à sa grande latence clinique
et à un développement comparable à celui d’un
cancer.
L’hôte définitif normal
est le renard chez lequel la parasitose intestinale est fugace. Dans
les foyers européens d’endémie, de 10 à
plus de 50% de ces carnivores sauvages seraient contaminés.
Toutefois, le chien et le chat sont également réceptifs.
Les hôtes intermédiaires normaux sont les rongeurs champêtres,
surtout les campagnols. De très nombreuses espèces ont
été trouvées infestées, en particulier
en Europe de l’est, mais ce sont les campagnols qui constituent
le véritable réservoir du parasite. En France, l’espèce
réservoir n’existe que dans certaines régions
et, de ce fait, conditionne la répartition géographique
de la maladie humaine.
Le cycle des échinocoques peut se résumer
ainsi : le minuscule ténia adulte vit dans l’intestin
des carnivores (renard, chien, …) où il est fixé
et pond plusieurs milliers d’œufs qui sont dispersés
dans la nature avec les excréments et souillent les herbes.
Ces œufs sont très résistants aux agents climatiques
et peuvent survivre pendant plusieurs mois dans la nature. Ils peuvent
être transportés par le pelage des animaux ou même
par les insectes. Les campagnols, mais aussi l’homme, s’infestent
par ingestion de ces œufs qui libèrent dans leur intestin,
après dissolution de leur coque, un embryon qui va traverser
la paroi du tube digestif de l’hôte, passer dans la circulation
sanguine qui le transportera jusqu’au foie où son développement
se poursuivra sous la forme d’un kyste.
Toujours localisé initialement au foie
de l’hôte intermédiaire, (campagnol, mais aussi
l’homme), le kyste infiltre tout l’organe. Chez l’homme,
il en résulte un véritable « cancer » parasitaire
qu’il est pratiquement impossible d’extirper en totalité.
L’homme se contamine classiquement en
consommant des végétaux sauvages (pissenlits par exemple)
souillés par des déjections de renards et autres carnivores.
La maladie est surtout liée au mode de vie rural et beaucoup
de malades ont manipulé directement des renards (chasseurs)
ou plus simplement un chien parasité. En France, le quart nord-est
du pays est atteint et quelques cas sont signalés dans les
Alpes et dans le Massif Central (Sancy, Nord-Cantal...). La maladie
demeure assez rare, avec quelques dizaines de nouveaux cas diagnostiqués
par an. Les décès sont dus à des formes invasives
sévères.
En Auvergne, une quinzaine de patients sont
suivis en permanence par les services hospitaliers et en moyenne deux
nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année. Trente
à quarante personnes ont été contaminées
depuis 1973 dans notre région. Ce sont principalement des habitants
de zones rurales, possédant souvent des chiens et résidant
à des altitudes de l’ordre de 1000 mètres où
les hivers sont froids et prolongés. Les secteurs incriminés
sont le Nord-Cantal , le Cézallier, l’Artense, le pourtour
du Massif du Sancy et la Chaîne des Puys).
L’aspect macroscopique du foie peut
être confondu avec celui d’un cancer. Le tissu hépatique
présente, à la coupe, un aspect en « tranche de
pain bis » dont les innombrables alvéoles ont donné
le nom à la maladie. Les signes révélateurs de
la maladie sont essentiellement hépatiques avec douleurs abdominales.
Parmi les complications, nous citerons les infections biliaires et
les métastases pulmonaires ou cérébrales. Dans
tous les cas, la maladie fait penser à un cancer primitif du
foie. Le diagnostic est assuré par la sérologie parasitaire
qui montre la présence d’anticorps spécifiques
Il est confirmé par l’examen anatomo pathologique.
Les traitements actuels, faisant appel à
des dérivés imidazolés (mébendazole, albendazole,
…), permettent de ralentir notablement l’évolution
de la maladie. En particulier, l’albendazole donne des résultats
encourageants. Il est possible de retirer une partie du foie mais,
dans la plupart des cas, l’acte chirurgical est trop tardif
et ne permet pas de retirer la totalité du tissu atteint. Il
faut alors avoir recours à la transplantation hépatique
qui apparaît comme la dernière chance et contribue à
une amélioration considérable.
La prophylaxie consiste à ne pas manipuler
de renards ou, si cela s’avère nécessaire, à
se protéger avec des gants. La destruction des cadavres de
renards (incinération, enfouissement profond) dans les zones
à risques s’avère nécessaire. Il ne faut
pas manger de fruits sauvages crus (myrtilles, fraises des bois, …)
dans l’aire de contamination, de fruits tombés dans les
vergers ou de salades sauvages (pissenlits). Il faudrait organiser
un dépistage sérologique systématique chez les
personnes professionnellement exposées et plus généralement
dans les populations rurales des zones concernées. Les chiens
errants devraient être impérativement éliminés.
Dans les zones d’endémie, les
risques d’infestation sont très élevés
et le nombre de personnes atteintes par la parasitose relativement
modeste. Certains scientifiques ont émis l’hypothèse
selon laquelle la plupart des personnes en contact avec le parasite
développeraient une immunité contre ce dernier, sans
pour autant présenter les symptômes de l’échinococcose
alvéolaire. Cela demande à être confirmé.
Dans l’édition de mars 2003 du
Chasseur Français (n° 1273), un court article (p. 20) intitulé
« Le renard en procès », il est fait état
du fait que « l’échinococcose alvéolaire
terrible maladie du foie, transmise par le renard, a contaminé
266 personnes depuis 1982 et tué 14 personne par an de 1982
à 1999, personne n’en parle et on protège encore
le renard !». Ces propos sont attribués à Philippe
Wartelle, vice-président de l’association de piégeurs
agréés du Nord qui a fondé l’association
de défense des victimes de cette maladie. Dans son numéro
de février 2004 (n°1284), le Chasseur Français revient
à nouveau sur le renard avec un article intitulé «
ouvrons son procès ». Le moins que l’on puisse
dire est que ce procès est équitable, puisque les arguments
de l’accusation (Philippe Wartelle) et de la défense
(François Moutou, vétérinaire, membre de l’AFSSA)
sont largement développés.
Le renard, qui est un des prédateurs du campagnol (le nombre
de 6 000 de ces rongeurs détruits par an est avancé)
contribue sans doute à la propagation de la maladie humaine,
mais il n’est pas le seul. Que dire des chiens qui ne font qu’une
bouchée de ces rongeurs, peuvent rejeter des larves dans leurs
excréments et en transporter accrochées à leurs
poils. L’ennemi est bien le réservoir du parasite, le
campagnol, qui porte atteinte aux cultures et aux prairies et dont
certaines pratiques en agriculture ont favorisé la prolifération.
Ce dernier point est d’ailleurs souligné dans l’article
du Chasseur Français.
Il n’est d’ailleurs pas prouvé
que l’éradication du renard ferait disparaître
ou même diminuer la fréquence de la maladie humaine.
Quant au campagnol dont la population ne serait plus régulée,
il pourrait alors proliférer davantage et étendre l’aire
de propagation de l’échinococcose, sauf si d’autres
mammifères carnivores venaient à occuper la niche écologique
du Goupil et propager à leur tour la maladie humaine. Après
la Saint Barthélemy du renard, il faudrait organiser celle
de la belette, du putois et autres carnivores sauvages, et surtout
interdire drastiquement la divagation des chiens et des chats domestiques.
Allons, gardons raison !