La Réserve naturelle nationale du Rocher
de la Jaquette
La Jaquette est une petite Réserve
Naturelle dans le sud du Puy-de-Dôme. Très accidentée
et variée, elle abrite sur une surface modeste une grande variété
d’Insectes, papillons en particulier. Pour maintenir les espaces
ouverts (prairies, landes) qui leur sont nécessaires, le pâturage
a été rétabli sur une partie de la Réserve.
Oui, il s’agit bien de la Jaquette et non de la Jacquette…
Cette petite Réserve Naturelle (18,4 hectares) est située
dans la Vallée de Rentières, au-dessus d’Ardes
sur Couze, sur la commune de Mazoires (63). Elle s’étage
entre 880 et 1050 m d’altitude, sur un terrain extrêmement
accidenté, marqué par des falaises granitiques de plusieurs
dizaines de mètres de haut.
Il faut souligner que la Réserve de la Jaquette n’est
pas ouverte au public. Son étendue est trop restreinte pour
le permettre, et son caractère très accidenté
la rend dangereuse. Certaines espèces (Grand-duc) craignent
le dérangement, beaucoup d’autres sont l’affaire
de spécialistes.
Chaque année une lettre d’information est publiée
par la Réserve, à destination des personnes concernées
par sa gestion, en particulier les habitants de Mazoires.
La Jaquette est la propriété de la SEPNMC (Société
pour l’Etude et la Protection de la Nature dans le Massif Central),
qui l’a acquise en 1975. C’est l’une des plus anciennes
réserves naturelles auvergnates, avec la tourbière des
Sagnes de la Godivelle, dans le même secteur. Elle a été
créée à l’origine pour abriter la nidification
du Grand-duc, alors en situation critique en Auvergne : il n’en
restait plus qu’une demi-douzaine de couples dans le Puy-de-Dôme.
Pendant 20 ans, la gestion de la SEPNMC a été de ne
rien faire pour ne pas troubler la tranquillité des lieux et
de laisser ceux-ci à leur évolution naturelle. Puis,
en 1995, est venu le moment de faire un bilan et d’établir
un plan de gestion comme il l’était devenu obligatoire
pour toutes les Réserves Naturelles de France.
Entre temps le statut du Grand-duc en Auvergne avait heureusement
évolué, et ses populations multipliées par 10
ou presque. D’autre part, les études préliminaires
au Plan de Gestion ont montré le grand intérêt
du peuplement en Papillons de jour.
Pour la survie de ceux-ci des espaces ouverts (prairies, landes)
sont nécessaires. Or l’abandon du pâturage anciennement
pratiqué conduit à la reconquête de la forêt.
Il a donc été pris la décision de rétablir
le pâturage sur une partie de la réserve.
Cela ne s’est pas fait en un jour… Il fallait trouver
un éleveur disponible et accroître la surface à
disposition pour rendre la chose possible. Aujourd’hui il s’est
ajouté à la Réserve 17,4 hectares de plus qui
sont gérés par la SEPNMC, avec le soutien administratif
du Parc des Volcans, et celui financier du Ministère de l’Environnement.
Ils forment un ensemble aux milieux très diversifiés.
En 2000 un pas décisif avait été franchi avec
l’embauche d’un conservateur à mi-temps, dont l’action
a été déterminante pour la réussite du
programme. En 2003 les premières brebis revenaient paître
à la Jaquette.
De nombreuses études ont été menées sur
les Végétaux, Oiseaux, les Chauves-souris, les Reptiles
et plus particulièrement les Invertébrés :
Papillons de jour ou de nuit, Sauterelles et Criquets, Coléoptères,
Guêpes solitaires, Araignées, Mollusques…
La plupart ont montré une diversité d’espèces
hors de proportion avec la surface réduite de la Réserve
et de ses annexes. Elle compte parmi les Réserves Naturelles
de France abritant le plus d’espèces d’insectes,
dont certaines très rares. Pour une espèce d’Araignée,
c’est la 1ère fois qu’elle est signalée
en France…
On a observé à la Jaquette 106 espèces de Papillons
de jour sur les 135 que compte le Puy-de-Dôme, dont plusieurs
espèces patrimoniales, parmi lesquelles le très bel
Apollon. Mais ce qui lui confère une originalité particulière
est le voisinage d’espèces de plaine, recherchant la
chaleur, et d’autres à affinités montagnardes.
Depuis maintenant 5 ans, le pâturage est mené régulièrement,
suivant des modalités strictes : rotation des zones et
époques de pâture, pression de pâturage…
Des suivis méthodiques (comptages de Papillons et de Criquets
sur des secteurs déterminés) permettent d’en suivre
l’effet et de le moduler en conséquence.
Si quelques modifications des populations d’insectes sont intervenues,
globalement aucun groupe ne semble avoir souffert du pâturage.
Mais il est vraisemblable que sans celui-ci Papillons et Criquets,
en particulier, auraient régressé.
Cependant une partie de la Jaquette, la plus sauvage et la plus escarpée,
reste livrée à son évolution naturelle. Elle
abrite la nidification du Grand-duc (pas toutes les années),
et là aussi des espèces remarquables ont été
trouvées.
En conclusion, si la Réserve Naturelle de la Jaquette est
un outil de maintien de la biodiversité sur un petit espace,
les enseignements tirés de sa gestion seront utiles bien au-delà
de ses limites, et tout d’abord au milieu exceptionnel que constitue
la Vallée de Rentières.
Mars 2008